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Sebiwan dans les étoiles

Fan de cinéma, vous trouverez ici des news, des bandes annonces, des fiches de films mais également l'actu des séries TV.

Matrix - 3.Intuition contre raison - Chapitre 2 : Le piège intellectuel

Matrix Text - http://www.matrixtext.com


Chapitre 2 : piège intellectuel

 

L'un des points les plus discutés, les plus décortiqués, les plus analysés de Matrix, concerne le nom des lieux et des personnages.


Ceux qui semblent le plus attirer l'attention du public sont les noms à consonance mythologique : Thomas Neo Anderson (référence à St Thomas d'Aquin, au " Nouveau ", à Andros-son le fils de l'homme), Morpheus (dieu du songe qui réveille Neo), Trinity (ou la Sainte Trinité, alliance de l'humain et du divin), Zion (ou Sion, terre promise), Mérovingien (peuple descendant du Christ qui était aussi le " maître des clés " de l'Empire Romain), Nabuchodonosor, Osiris, Oracle, Séraphe, Perséphone, Cypher. La liste est longue, et elle ne lasse pas d'étonner les spectateurs, soudain plongés dans les ouvrages de référence mythologiques. Beaucoup y découvrent avec admiration la parfaite adéquation entre ces noms mythologiques et la fonction particulière qu'occupent les personnages et les lieux qui les portent dans la saga Matrix.



Plus intéressants sont les noms à consonance informatiques : Mouse, Link, Switch, Tank, Dozer, Vector, Corrupt, Wurm. Plus intéressants car, même s'ils sont constatés, le spectateur qui connaît le sens de ces termes n'interroge pourtant pas leur raison d'être au sein de l'intrigue.
Enfin, certains malins ont réalisé que les noms Matrix, Morpheus ou Trinity étaient également ceux de modèles de synthétiseurs (qui plus est de la même marque).



Or, malgré les heures passées à défricher ce vaste complexes de noms et de concordances, à aucun moment le spectateur averti ne semble les considérer autrement que comme des données extra-diégétiques !


Par convention cinématographique, par automatisme, il attribue ces noms à un clin d'oeil de la part des auteurs du film, une invitation à la référence, un jeu intellectuel qui se déroule hors de la fiction. Mais il ne se pose pas la question de façon intra-diégétique. Il ne se demande pas, par exemple : " Mais pourquoi la maman de Morpheus a-t-elle affublé son fils d'un nom pareil ? ".


Pourtant, Dieu sait si les auteurs ont pris soin de nous préciser que nous nous trouvions dans un univers informatique. Et le spectateur occidental moyen sait parfaitement qu'en informatique, la concordance entre nom et fonction est une évidence. Si l'on veut explorer Internet, on utilise Internet Explorer. Si l'on veut blaster un virus, on utilise Virus Blaster. Et Virus Blaster ne peut en aucun cas servir à explorer Internet. Sa fonction toute entière est désignée par son nom.


Si le spectateur considérait, dès lors, les noms des personnages de façon intra-diégétique, il réaliserait, tout simplement, que dans cet univers, Morpheus ne PEUT PAS faire autre chose que réveiller Neo. Car son nom désigne sa fonction. Morpheus, par exemple, ne peut pas s'habiller de blanc quand les autres sont habillés de noir. car Morpheus ne s'appelle pas Switch.


Dès lors, on comprendra mieux pourquoi les noms à consonance informatiques sont aussi peu analysés par le spectateur averti, car ils désignent de façon trop évidente une vérité qu'il refuse d'appréhender. En effet (merci Lewis Carroll), le spectateur s'est construit son propre univers cohérent à partir d'une proposition absurde. Il écartera naturellement toute nouvelle proposition qui risque de chambouler la cohérence de cet univers.

A l'époque du premier Matrix, bon nombre de spectateurs ont fait remarquer une incohérence de fond, source de gêne, à savoir que Neo et Trinity, identifiés comme les deux héros, tuaient plus d'humains que leurs ennemis. Dans certaines sphères citadines, identifiées comme " intellectuelles ", les héros de Matrix furent assimilés aux membres d'une secte dangereuse, alimentés par les discours liturgiques de Morpheus, la forte irrationalité de certains préceptes (" Oracle ", " Elu ") et dont la mission religieuse justifiait les pires massacres. Bien évidemment, l'affaire du massacre au lycée de Colombine, aux Etats Unis (deux adolescents, désignés comme fans de Matrix, ouvrirent le feu sur leurs camarades sans motif apparent), allait idéalement dans le sens d'une telle interprétation.


Ce faisant, les accusateurs dédaignaient quelques points d'importance. Si les héros de Matrix commettaient effectivement de jolis massacres à l'écran, les machines, elles, n'en commettaient point !



Tout au plus verrons-nous les agents capturer Morpheus et lui poser des électrodes sur le crâne. Le spectateur déduira que Morpheus est torturé par les agents, quand bien même il n'a pas la moindre idée de ce à quoi servent ces électrodes. Dans le même élan, ce spectateur sera tellement occupé à voir dans l'agent Smith un simple policier en train de déraper émotionnellement (alors qu'il nous est présenté comme un programme) que le contenu de son discours sera intégralement compris sur un mode sentimental. Pourtant, à cet instant même, Smith est en train d'expliquer à Morpheus que ce dernier " n'est pas un mammifère ", mais qu'il est " un virus ". Une information qu'on peut raisonnablement considérer comme importante.



Ainsi, en croyant fonctionner sur un mode intellectuel, le spectateur qui aurait cru bon de juger l'éthique des héros de Matrix, ne se sera pas aperçu qu'il était  déjà dans une lecture sentimentale des évènements.

 

Source : matrix-hapenning


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N
Alors là chapeau pour l'explication...et en plus j'ai appris un mot intra-diégétique !je ne pense pas pouvoir m'en servir tous les jours mais bonbizzzzzzzzzzz
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L
Un petit coucou pour te souhaiter une bonne journée!!Bizouxxxxx
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