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Sebiwan dans les étoiles

Fan de cinéma, vous trouverez ici des news, des bandes annonces, des fiches de films mais également l'actu des séries TV.

Matrix - 1.Les Origines - Chapitre 4 : Une Bataille mais pas la Guerre

Matrix Text - http://www.matrixtext.com

Chapitre 1-4 : Une Bataille mais pas la Guerre

 

Disons-le clairement, lorsque le concept de Matrix fut exposé aux dirigeants de la Warner, et plus spécialement au big boss Lorenzo Di Bonaventura, ces derniers n'ont absolument rien compris à l'histoire que tentaient de leur raconter les frangins. Si Joel Silver, fournisseur de méga-succès pour le studio depuis 10 ans, n'avait pas été là pour épauler le projet, Matrix aurait été purement et simplement refusé (sur le DVD Matrix Revisited, Lorenzo Di Bonaventura dit le plus grand bien du script de Matrix qu'il s'apprête à produire, et y perçoit " une future révolution du film d'action ". Selon toute vraisemblance, ce document est antidaté).



Dans ce contexte, on se doute que l'idée de financer d'emblée une trilogie était inconcevable. Le studio donna néanmoins son accord pour un seul film, et débloqua pour les deux réalisateur quasi-débutants un budget confortable mais prudent (70 millions de dollars), au motif que leur producteur savait probablement ce qu'il faisait.



A cet instant, personne à la Warner n'imagine que Matrix puisse être un succès en salles, mais beaucoup y voient un produit parfaitement adapté au marché vidéo. La stratégie du studio est alors la suivante :
Matrix sort en salles et ne fait pas un kopeck. A peine 6 mois plus tard, il sort en vidéo et se taille un joli petit succès d'estime (pour ceux qui se demandaient pourquoi le film était sorti si vite en DVD, alors qu'il attirait encore des spectateurs en salles, l'explication tient à ce plan préalable. Une fois le film sorti en salles et le succès avéré, il était trop tard pour retarder la sortie vidéo).



On ne peut donc pas dire que Silver et les Wachowski bénéficient d'un soutien indéfectible du studio; quelques mois avant sa sortie, lorsqu'on appelait au téléphone un quelconque responsable de la Warner pour le questionner sur Matrix, il fallait prendre soin de préciser les noms du producteur, des réalisateurs et des comédiens, laisser le temps à la personne de fouiller dans ses notes, avant qu'elle ne finisse par voir de quel film il s'agissait.


Mais le fait que Matrix ne représente pas plus d'enjeu que cela va finalement jouer en sa faveur. Alors que la plupart des réalisateurs hollywoodiens ont à rendre quotidiennement des comptes à une batterie de producteurs exécutifs et à une administration particulièrement lourde, les Wachowski se retrouvent exilés aux antipodes, dans des studios australiens, tandis qu'à Los Angeles, les pontes de la Warner sont fiévreusement occupés par l'élaboration de leur blockbuster à venir, L'Arme Fatale 3 (le studio Warner aura même eu la très mauvaise idée de partager les côuts de Matrix avec l'australien Village Roadshow. qui sortira extrêmement bénéficiaire de ce partenariat).



Les jumeaux sont donc maîtres à bord, occupés à donner une cohérence narrative à un film qui est le début d'une trilogie, mais qui se doit pourtant d'apparaître, dans un premier temps, comme une oeuvre complète, la production des épisodes suivants n'était alors pas à l'ordre du jour.


Ce problème avait déjà été rencontré autrefois par George Lucas, sur le premier volet de La Guerre des Etoiles. Ce dernier s'en était sorti grâce aux conseils de son producteur d'alors, qui suggérait que les héros " gagnent une bataille mais pas la guerre ". Il s'agissait de résoudre les conflits immédiats, clairement identifiés par le spectateur (princesse libérée, Etoile Noire détruite), tout en éparpillant dans la narration des enjeux plus larges volontairement laissés sans réponse.


Les Wachowski vont procéder de même. Suite à une résolution d'enjeu somme toute mineure (la libération de Morpheus) qui sert de climax à l'oeuvre, le film s'achève sur une note entièrement laissée à la déduction du public : en gros, Neo est devenu super balèze. Il va kicker les machines et sauver le monde.
En 1977, le public avait déduit que l'explosion de l'Etoile Noire signifiait la fin de l'Empire, quand bien même rien dans la narration ne le laissait clairement entendre.



En 1999, le public déduit que les machines sont foutues du simple fait que Morpheus soit libre et que Neo évite les balles, quand bien même un nombre incalculable d'enjeux et d'incohérences sont laissés en suspens.


Narrativement, commercialement, la stratégie s'avèrera payante sur le premier film Matrix, mais posera un souci dans l'élaboration des épisodes à venir, puisque d'emblée il s'agira d'aller à l'encontre de l'intuition du public, et lui démontrer qu'un break-dancer qui évite habilement les balles n'est pas tout à fait la condition ultime de la Libération tant annoncée.

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N
C'est très intéressant tout ça !
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